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jeudi 6 janvier 2011

L’Essentiel avec Erik ORSENNA, de l’Académie française - Entretien avec Jacques Paugam - 55 mn - Canal Académie - 2010




Emission série "L’Essentiel avec Erik Orsenna" proposée par Jacques PAUGAM sur Canal Académie
Durée du programme : 55 mn - Date de mise en ligne : 10 janvier 2010

Erik Orsenna, de l’Académie française, a son franc parler : il lance ici quelques cris d’alarme, notamment sur l’incapacité à maîtriser la langue, défend les SMS, se révolte contre la tyrannie de l’opinion et l’obscurantisme, tout en relatant quelques moments essentiels de sa vie...
De la légèreté chez Orsenna ? Non. Mais le goût de la vie, la passion du travail, et un fond de stoïcisme, sûrement !

Erik Orsenna a été élu à l’Académie française en 1998, succédant à Jacques-Yves Cousteau. Il a publié, en cette fin d’année 2009, le 4ème volume intitulé de sa série à grand succès sur la langue française : "Et si on dansait ?".
Il répond aux sept questions, toujours les mêmes pour tous les invités de cette série, posées par Jacques Paugam.

Erik Orsenna, romancier et académicien français

    1 ) Dans votre carrière, dans votre itinéraire, quel a été, à vos yeux, le moment essentiel ?

    - "J’ai trente ans, en 1977, je viens de publier mon deuxième roman "La vie comme à Lausanne" et aux éditions du Seuil, je croise une dame que je ne connaissais pas, un peu bougonne, Geneviève Dormann ! Le lendemain, elle m’appelle, elle m’avait lu dans la nuit et veut me soutenir pour le prix Roger Nimier"...

    Quelques semaines après, il reçoit le fameux prix, occasion pour lui de croiser au jury, Dominique Rolin, Antoine Blondin, Jean d’Ormesson, Félicien Marceau, Paul Guimard, Jean Namur, etc...

    Etre admis comme un jeune pair, lui qui, depuis l’âge de 7-8 ans, avec une enfance difficile, rêve d’être écrivain... Son bonheur commence ce jour-là et tout s’est enchaîné : après sa thèse, après Paris-I, il devient maître de conférences à l’Ecole Normale, rencontre Jacques Attali, et puis, en 1981... La vie s’enchaîne sur un moment de bonheur : "Je crois très profondément que le bonheur est bon pour la santé ! Il faut cultiver le bonheur avant que le malheur ne nous rattrape !".

    Economiste avant tout

    Ses engagements politiques ? "Mon premier souvenir adulte, c’est la guerre d’Algérie, je me passionne pour l’évolution de ce pays ; je décide alors d’apprendre l’économie pour comprendre le monde et les nouvelles indépendances. Et je rejoins le Parti Socialiste Unifié (avec Rocard) dont je deviens militant. Et quand François Mitterrand fait appel à moi, je réponds oui. Non pas par tentation des palais nationaux, mais pour exercer mon métier, l’économie du développement".

    Et l’Elysée ? Et Mitterrand ?

    Et notre invité d’évoquer quelques souvenirs de son travail à l’Elysée, ses illusions, ses déceptions aussi. Il découvre le travail en cabinet qui lui permet d’excercer avec passion son métier d’économiste. Et puis il rencontre François Mitterrand : "Un personnage absolument formidable, qui manque beaucoup aujourd’hui, compliqué, difficile, parfois cassant, mais quelle grandeur de vue, quelle manière d’excercer ce magistère de président, quelle culture, quel sens du temps, et donc des hiérarchies !"

    Certes, Orsenna l’a aidé à rédiger ses discours mais surtout à examiner tous les domaines de la culture (il était son conseiller culturel) où il était urgent de prendre d’importantes décisions.

    En 1988, Orsenna reçoit le Prix Goncourt pour "l’Exposition coloniale". "J’avais depuis longtemps l’idée d’un gros roman. Je fais toujours des projets à long terme ! J’ai mis sept ans à l’écrire, tous les matins. Mon éditeur au Seuil, Jean Cayrol, me dit que je peux faire mieux... Et pendant 6 mois, j’ai recommencé, et tout refait. Avec le Goncourt, j’ai acquis la liberté de dire qui j’aime ou pas... Cela m’a donné un immense soulagement".

    Séducteur Erik Orsenna ? "Je gagne du temps, n’étant pas beau, mais j’arrive à mes fins. Je suis d’une terrible obstination et je travaille comme un fou. Le temps est mon allié." Cette dernière constatation permet à notre invité de détailler son rapport au temps et l’importance du temps en démocratie, pour éviter la tyrannie du court terme où l’émotion qui l’emporterait sur la raison...

    2) Quel est l’essentiel à dire sur votre domaine d’activités ?

    " Deux choses qui, au fond, reviennent à une seule : la langue française et la connaissance. La langue est le premier des liens qui unissent les membres d’une communauté et un chef d’oeuvre collectif. Durant douze siècles, des millions de gens ont prêté la main à ce chef d’oeuvre qu’est la langue française. Moins on prête d’attention à la langue commune, moins forts seront les liens qui unissent les individus".

    Erik Orsenna rappelle que Res Publica, c’est la chose commune. Il se rend sans arrêt dans les classes, fait des championnats en rédigeant des lettres de réclamation ou des lettres d’amour.. et il gagne ! pourquoi ? "Parce que j’ai plus de mots pour argumenter". Le voilà qui souhaite faire entrer dans le Dictionnaire de l’Académie des verbes comme "kiffer" ou des expressions comme "j’ai la haine". Laissons-le s’expliquer ! Par exemple sur l’intérêt des SMS (il en envoie trois par jour à ses deux enfants).

    Erik Orsenna parle aussi de l’usage de la langue, des outils modernes de communication, de l’écrit incontournable, et de l’exclusion de ceux qui ne maîtrisent pas la langue (presque un jeune sur cinq à la fin de la 6 ème). "Comment peut-on appartenir à une communauté si on ne parle pas sa langue ?". L’exclusion génère toutes les autres formes de désespoir actif ou passif.

    Deux cris d’alarme !

    Evoquant son expérience personnelle, il raconte que la mère de ses enfants, enseignant le droit en 4 ème année, rencontre un étudiant sur deux qui ne maîtrise pas la langue. Premier cri d’alarme. Et le second : l’obscurantisme. Jusqu’alors, celui qui savait jouissait d’un certain respect. Maintenant il est considéré comme membre d’un complot et en état d’infériorité par rapport à celui qui a une opinion. Tant pis pour les savants, leurs connaissances ne valent rien contre les opinions. "La tyrannie de l’opinion est terrible car c’est de l’obscurantisme".

    Et le travail !

    Notre invité expose ensuite sa manière de considérer le travail : Toute société qui abandonne la valeur du travail court à son déclin. L’important n’est pas le loisir (ce disant, Erik Orsenna, ne rejoint pas les idées socialistes, et il s’en explique ici, notamment sur les 35 h). Et il ajoute qu’il conviendrait également de ne pas mépriser les jeunes en les faisant travailler sans les payer dans des stages inintéressants... par exemple, pendant que d’autres gagnent des millions en jouant !

    3) Quel est l’essentiel sur l’évolution de la société ?

    En résumé, sont importants : La République, dont la langue ; le savoir et non pas l’opinion ; et le travail pour donner un sens à sa vie.

    4) Quelle est la plus grande hypocrisie de notre société ?

    L’argent. "J’ai envie d’avancer une sorte de proverbe : Plus vous êtes inutile, plus vous gagnez d’argent"...

    5) Quel est l’évènement ou la tendance qui vous laisse le plus d’espoir ?

    D’abord ce pasage du G7 au G20. Malgré l’absence de l’Afrique, on commence à aller vers le mieux. On prend conscience des questions à régler à l’échelle planétaire.

    Autre événement qui a frappé notre invité, mais en partie négativement : la création de l’Union pour la Méditerrannée. Il avait pris connaissance d’un dossier chez Roland Dumas pour la création d’une Union pour la Méditerrannée occidentale et seulement occidentale. Et cette proposition semblait raisonnable. Quand on est trop large, on est pris en otage par le conflit du proche-orient. La situation devient bloquée. Par exemple, la réunion des ministres de l’eau, question que connaît parfaitement Erik Orsenna, est bloquée par le litige entre la Ligue arabe et Israël.

    Evoquant la Serbie, la Slovénie, Erik Orsenna en vient à méditer sur les conflits, sur l’urgence de les arrêter dès le début, immédiatement."Le vernis de civilisation est très mince, il faut agir rapidement".

    6) Question plus personnelle : quel a été le plus grand échec de votre vie et comment l’avez-vous surmonté ?

    L’échec vient de ce qu’il a été élevé dans l’idée de n’aimer qu’une seule femme... Cela n’a pas été le cas !

    Erik Orsenna a-t-il la bougeotte ? Il court le monde, mais reste aussi chez lui à Paris ou en Bretagne. Il souffre d’une maladie : ne pas savoir répondre non à la question "pourquoi pas ?" (nom du bateau de Charcot, rappelle-t-il).

    Passion des femmes, passion de la haute mer : la liberté, l’obstination et l’humilité à la fois.

    Incarne-t-il une certaine idée de la "légèreté" française ? Mais qu’est-ce qu’être léger ou être profond ? Il est frappé du manque de curiosité des gens qui n’ont guère envie d’aller ailleurs. Or, lui, il se considère comme un passeur, un promeneur, qui emmène ailleurs. Il ne se dit pas créateur. D’où sa passion pour la science. "Quand on aime les histoires qui racontent le monde, la science, c’est une histoire vraie à un moment donné".

    Pas de frontières pour lui entre le plaisir et le travail. Mais il faut faire au minimum l’effort d’apprendre. C’est ainsi qu’il a appris les grands courants, les forêts, l’astronomie. "Il faut casser la chappe de plomb de l’ignorance". Quel bonheur pour lui de pouvoir parler ou poser des questions aux académiciens des sciences ! Et laissez le raconter son bonheur d’être à l’Académie française et de cotoyer, à l’Institut, tous les autres académiciens, représentants du plus haut savoir.

    Quel personnage de roman aurait-il aimé être ? Fabrice del Dongo de Stendhal ? mais il semble si différent de lui ! "Lui, c’est un vrai homme léger qui ne réfléchit pas ! voilà ce qui me manque !!!".

    Existe-t-il un art de vivre à la Orsenna ?

    - "Regarder quels sont ses regrets et les tuer les uns après les autres. Je suis totalement stoïcien".

    Le point-virgule à l’image d’Orsenna ?

    Dans "Si on dansait ?", il évoque le point-virgule. Car le point-virgule est un passeur, il ne sépare pas, il laisse la continuité mais aussi l’initimité à chacun. Erik Orsenna se sent-il "point-virgule" ? Oui. C’est dit. Il avoue deux passions absolues : Apprendre. Transmettre.

    Heureux, Orsenna ? Certes, mais il n’est pas pour autant passé au travers des difficultés et des souffrances. Une recette ? "Quand on y peut rien, on n’y peut rien. Dans les moments les pires, et il en a connu beaucoup, il y a toujours une ou deux secondes où on peut être heureux. En botanique, les plantes nous apprennent que les "animaux" que nous sommes n’ont pas le monopole du vivant et que, pendant des milliers d’années, elles font du sable ou de l’humus. Elles prennent leur temps".

    7) Et Dieu ?

    Il a répondu un jour : "Dieu, je n’en ai pas besoin". Une telle phrase lapidaire justifie qu’on lui demande de s’expliquer. Il est, dit-il "plus agnostique qu’athée". La théologie lui est totalement étrangère. Car le réel fait, là, défaut. Mais il y a, dans la vie, une règle de base : dire à ceux qu’on aime qu’on les aime.



    Source Canal Académie : L’Essentiel avec Erik ORSENNA - Entretien avec Jacques Paugam - 2010
    Le site internet de Canal Académie : Canal Académie

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    jeudi 25 novembre 2010

    Les adjuvants dans les vaccins : à quoi ça sert ? - Pierre Bégué, Académie nationale de médecine - 26mn - Canal Académie - 21/11/2010

    Focus - Emission radio proposée par : Elodie Courtejoie - Durée : 26mn - Date de mise en ligne : 21 novembre 2010
    Pierre Bégué est membre de l’Académie nationale de médecine, professeur de pédiatrie émérite à la faculté de médecine Saint-Antoine, infectiologue, ancien président du comité technique des vaccinations.

    Les adjuvants dans les vaccins suscitent régulièrement la peur.
    En 2009, un adjuvant utilisé dans le vaccin contre la grippe H1N1 fait polémique. En 2010, un autre suscite soudainement l’émoi du public : le sel d’aluminium, vertement critiqué dans un ouvrage plus largement consacré à l’aluminium dans notre consommation. A quoi servent les adjuvants dans les vaccins ? Réponses et mises en garde en compagnie de Pierre Bégué, infectiologue, ancien président du comité technique des vaccinations.

    Les adjuvants dans les vaccins : à quoi ça sert ? - Pierre Bégué - 26mn - Canal Académie

    Comme son nom l’indique, un adjuvant est un supplément qu’on ajoute pour démultiplier l’action d’un produit.
    Côté vaccin, on note que la date du premier adjuvant remonte à 1926. « Cette date correspond à la découverte de l’anatoxine du vaccin du tétanos et un peu plus tôt, de la diphtérie découverte par Ramon. Jusqu’alors les vaccins sans adjuvants provoquaient une montée des anticorps mais qui redescendaient très rapidement. Il fallait répéter les injections et l’effet rappel n’était pas réellement obtenu » explique Pierre Bégué. L’école pasteurienne a donc testé toute une série de produits. Parmi ceux retenus au rang d’adjuvant efficace, l’aluminium sous forme de sels (hydroxyde ou phosphate).

    Pourquoi coexiste-t-il des vaccins avec adjuvants et d’autre sans ?
    Certains vaccins n’ont pas besoin d’adjuvants parce qu’ils correspondent à une époque où les vaccins n’étaient pas purifiés ou très peu. La réaction était et reste toujours très forte, l’immunité est acquise ; pas besoin d’ajouter un adjuvant. « C’est le cas du vaccin de la typhoïde, de la rougeole et de la rubéole par exemple ».
    En revanche, les vaccins d’aujourd’hui sont de plus en plus précis et de ce fait beaucoup plus purifiés. Les réactions ne sont plus suffisantes pour provoquer une immunité. C’est la raison pour laquelle on ajoute au produit un adjuvant. « C’est le cas du vaccin contre l’hépatite B, issue d’une toute petite portion de virus, ainsi que du vaccin contre le papillomavirus et du vaccin de la coqueluche ».

    L’aluminium comme adjuvant dans les vaccins : une fausse polémique selon Pierre BéguéSuite à la parution en septembre 2010 d’un ouvrage au titre anxiogène Quand l’aluminium nous empoisonne, Pierre Bégué répond aux accusations concernant les sels d’aluminium dans les vaccins comme adjuvant :
    « Depuis 1927, date des premiers vaccins avec sels d’aluminium comme adjuvant, nous n’avons jamais eu d’alerte sanitaire » affirme l’académicien. Il y a eu deux fausses annonces :
    - les neurobiologistes ont pensé un temps que l’aluminium pouvait être incriminé dans la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, ils reviennent sur leurs hypothèses, parlant d’élément « cofacteur », mais pas de facteur premier.
    La deuxième fausse annonce a été celle d’une équipe d’hémato-pathologistes de l’hôpital Henri Mondor de Créteil. En 1998, ils constatent pour la première fois un nouveau type de maladie : la myofasciite à macrophages, au point d’injection du vaccin. Las patients se plaignent de douleurs et de fatigue chronique. La biopsie révèle des lésions au point d’injection avec des petits cristaux d’aluminium. L’équipe de chercheurs fait le lien tout de suite avec les vaccins. L’AFFASPS [1], elle, conclut en 2003 que certains malades sont prédisposés génétiquement à garder des traces du vaccin très longtemps. Cela concerne une faible partie de la population ( 1 personne sur 100 000). L’équipe d’hémato-pathologiste poursuit cependant ses travaux. Elle décide de se pencher sur le système nerveux, car il est vrai que lors d’intoxication massive à l’aluminium, des lésions cérébrales chez les insuffisants rénaux sont observées. Ils émettent l’hypothèse que des nanoparticules d’aluminium dans les vaccins sont véhiculées par des macrophages vers le cerveau. « Mais jusqu’à présent, il est admis que les sels d’aluminiums dans les vaccins sont éliminés lentement par voies urinaires et surtout, le sang du muscle où il y a eu injection du vaccin ne communique pas avec le système sanguin du corps humain » précise-t-il.

    Vacciner les yeux fermés les enfants ?
    « Si les parents se mettent à refuser de vacciner leurs enfants, il est évident que la couverture vaccinale s’effondrera et que les maladies réapparaitront. Ce n’est pas une utopie ! Regardez dans les années 1990 après la chute de l’URSS, il y a eu une libéralisation telle qu’on refusait les vaccinations et la diphtérie est réapparue. On s’est retrouvé avec 250 000 cas de diphtérie et 5000 décès, chiffres officiels de l’OMS » répond Pierre Bégué.
    Il faut être vigilant à tout ce qui touche à la couverture vaccinale au même titre que les professionnels de santé demeurent vigilants quant aux risques des vaccins. « S’il y a un point sur lequel je suis d’accord avec le public, c’est que les industries devraient tester leurs vaccins et leurs adjuvants séparément, du point de vue de la tolérance et du résultat toxique. Maintenant, les industriels travaillent sur de nouveaux adjuvants pour limiter encore plus les rappels et augmenter la tolérance (éviter les potentielles douleurs intra-musculaires) ».

    Vaccins homéopathiques : Prudence
    Que penser des vaccins homéopathiques présentés comme une alternative aux vaccins avec adjuvant ? « L’industrie pharmaceutique qui propose de tels vaccins ne peut pas faire d’essais cliniques. Elle ne peut donc pas apporter de preuve de protection. Il est donc difficile de dire si ces vaccins sont efficaces ou pas…Quant aux vaccins fabriqués en « dilution homéopathique », c’est beaucoup plus grave : la quantité de vaccin est diluée, il n’est pas du tout efficace même si vous possédez un certificat de vaccination. Cela s’est pratiqué à une époque, j’espère que ce n’est plus le cas » termine notre invité.

    Pour en savoir plus : L'Académie Nationale de Médecine : Académie nationale de médecine
    Source Canal Académie - Emission Focus présentée par Elodie Courtejoie :
    Les adjuvants dans les vaccins : à quoi ça sert ? - Pierre Bégué - 26mn - 21 novembre 2010
    Canal Académie, radio sur Internet, est la voix des académiciens. Située au cœur de l’Institut de France à Paris, elle offre les services d’une programmation hebdomadaire et ceux d’une médiathèque : Canal Académie

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    mardi 2 novembre 2010

    Le St-Sébastien de Mantegna, conservé au Louvre, chef d'oeuvre de la Renaissance italienne - Histoire des Arts - Style Renaissance - 13mn - CED - 2010


    Le "St-Sébastien" de Mantegna, conservé au Louvre, chef d'oeuvre de la Renaissance italienne
    Discipline : Histoire des Arts - Durée : 13mn - Producteur : CED - 2010
    Andrea Mantegna (1431-1506) - le St-Sébastien - Le style renaissance

    Une observation attentive permet de repérer quelques caractéristiques du style Renaissance. Le tableau est construit comme une fenêtre donnant sur une scène réelle, respectant les lois de la perspective et tirant parti de l'étude scientifique de la nature.

    Mais la réussite du tableau ne se réduit pas à des caractéristiques techniques : sa construction particulière, la présence de détails "codés" permettent de dégager des éléments de signification d'ordre spirituel qui appartiennent spécifiquement à Mantegna et aux problématiques de son époque.

    Plan de la Présentation "Le "St-Sébastien" de Mantegna" :

    1. Description
    1. Un tableau à l'apparence claire et réaliste
    2. ... mais des détails équivoques ...
    3. placés dans une mise en scène qui évoque le déroulement d'une histoire.

    2. Décryptage
    1. Trois niveaux de signification : littéral, symbolique, spirituel
    2. Un style, celui de Mantegna, dans le contexte de la Renaissance
    3. Une courte conclusion sur la "réussite" du tableau

    Trois raisons de regarder :
    - Observation d'un tableau et recensement de quelques caractéristiques du style Renaissance
    - Explications concernant le thème de St-Sébastien
    - Analyse du tableau, à partir de connaissances élémentaire concernant la vie de l'artiste, l'usage des symboles et l'esprit de l'époque.

    Source CED - Canal Educatif : Le "St-Sébastien" de Mantegna - CED - Le site CanalEducatif.fr

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    mercredi 27 octobre 2010

    Axel Kahn : Croire au progrès, une pensée en crise - Leçon inaugurale, Ecole nationale des Ponts, ENPC - 53mn - Canal Académie - 2010


    Conférence d'Axel Kahn : Croire au progrès, une pensée en crise - Audio 53mn - 2010
    "Ethique et progrès" la leçon inaugurale 2010 d’Axel Kahn à l’Ecole nationale des Ponts - ParisTech

    Axel Kahn l’affirme : l’optimisme du progrès est en crise. A travers sa leçon inaugurale donnée à l’Ecole nationale des Ponts ParisTech, il explique aux étudiants l’évolution de la notion de progrès, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Canal Académie retransmet cette intervention qui s’est déroulée en septembre 2010.

    Emission proposée par : Elodie Courtejoie - Date de mise en ligne : 24 octobre 2010
    Axel Kahn est généticien, directeur de recherche à l’INSERM, ancien directeur de l’Institut Cochin, actuel président de l’Université Paris Descartes, membre de l’Académie des sciences.

    L’optimisme du progrès est en crise. Au début du XXe siècle, ils étaient rares ceux pour qui le progrès n’assurait pas l’amélioration de l’humanité. Au début du XXIe siècle, ils sont devenus majoritaires, surtout dans les pays qui ont connu le plus vif des progrès. On observe une crise du progressisme, l’optimisme du progrès.

    Définition du progrès

    Il y a « progrès » lorsqu’au terme d’un processus, ce qui existe en quantité ou en qualité est supérieur à ce qui existait au début du processus. Les progrès à ce titre sont donc nombreux : progrès de l’économie, des sciences, des techniques, de la médecine...

    Concernant l’homme, la notion de progrès implique que l’homme lui-même peut s’améliorer. En ce sens, il est évident que la prédication de Saint-Paul est progressiste puisqu’il est persuadé que tous les hommes peuvent progresser pour s’approcher de l’enseignement divin.
    Cicéron lui aussi était progressiste : il était persuadé que tous les hommes y compris les esclaves pouvaient accéder au rang de citoyen romain.

    A l’inverse, d’autres sociétés n’étaient pas du tout progressistes : les Grecs par exemple ne pouvaient pas imaginer le progrès en tant que tel parce que pour eux, il était inimaginable que leur société puisse un jour être dépassée par une autre.

    Progrès : les conditions de l’épanouissement de l’homme ?

    Mais le progrès dont parle Axel Kahn au cours cette conférence se définit comme il le dit lui-même par quelques citations :
    - Victor Hugo : « Le progrès est le pas collectif du genre humain ».
    - Jean-Paul Sartre : « Le progrès est la notion d’une ascension continue vers un terme idéal ».
    - Condorcet : « Le progrès, c’est le pas de l’humanité ferme et sûr, sur la route de la vérité, du bonheur et de la vertu ».

    Les petits progrès (progrès de l’économie, progrès techniques, des connaissances...) aboutissent vers un grand progrès, promesse et assurance des conditions d’épanouissements de l’homme.
    C’est de ce progrès dont parle Axel Kahn.

    Comment cette idée de progrès est-elle née ?
    Comme l’explique le généticien, elle est historiquement datée.
    Pour qu’il y ait progrès, il faut d’abord qu’il y ait progression des connaissances par une approche rationnelle. Il existe deux moyens d’approcher la connaissance : la physique et la métaphysique, la science et la philosophie.

    La science existe au moins depuis l’existence des Mésopotamiens, dont on a retrouvé des plaquettes d’argiles avec des exercices de mathématiques.
    Quant à l’interrogation philosophique sur la démarche scientifique, il s’agit d’une invention grecque. Ce sont les Grecs qui inventent et définissent ce qu’est la logique, le syllogisme, le paralogisme, le sophisme, tous les modes de raisonnements qui fondent la typologie de la démarche rationnelle.
    Les Grecs inventent aussi l’interrogation sur les relations entre la science (et le progrès) et le bien : Est-ce que la vérité conduit au bien ?

    Cette question se pose depuis très longtemps. Quatre siècles avant notre ère, elle divise les philosophes grecs. Axel Kahn revient sur un texte de Platon :
    Socrate discute avec le sophiste Protagoras. La question est la suivante : Est-ce que le vrai conduit au bien ?
    Socrate dit que seuls les ignorants peuvent faire le mal. Celui qui connaît la vérité connaît la lumière de la vérité, lumière qui éclaire tout et ne peut s’engager que sur la bonne voie.

    Epiméthée et Prométhée

    Protagoras n’accepte pas cette vision de la science. Pour expliquer son point de vue, il revient à sa manière sur le mythe central du progrès : Prométhée.
    Prométhée (« celui qui voit loin » en grec) et Épiméthée (celui qui ne va pas plus loin que le bout de son nez) sont des demi-dieux. Vivants au centre de la Terre comme des formes potentielles prêtes à se manifester, Zeus demande aux deux Titans Épiméthée et Prométhée de doter chacune de ses deux vies de ce dont ils ont besoin pour arriver à coloniser la surface du globe.

    Épiméthée commence le premier. Il fait en sorte que les prédateurs soient un peu moins prolifiques et un peu moins rapides que les proies, mais quand il arrive à l’homme, il n’a plus rien à lui attribuer.
    Prométhée, ami des hommes, décide d’aller chercher ce dont ils ont besoin. Une nuit sans lune, en haut de l’Olympe, il vole une étincelle d’éclair et donne le feu à l’homme d’où découle la technique et la science.
    Mais rien ne va plus. Les hommes qui disposent du feu s’entretuent. Alors Zeus, pour les sauver, demande à Hermès son message ailé, d’apporter aux hommes la prudence la justice, la solidarité.

    Ainsi Protagoras développe-t-il sa pensée : Certes la science est indispensable à l’homme, mais elle ne saurait suffire. A côté de la science, il faut ce sentiment humain qui est le désir de faire le bien.

    Depuis, le débat se pose toujours en ces termes.
    Axel Kahn, membre du Comité consultatif national d’éthique nous explique ainsi qu’au sein du Comité, le débat majeur porte entre ceux qui considèrent qu’une innovation est scientifiquement brillante et qu’elle sera un bénéfice potentiel pour l’humanité, et ceux qui considèrent que l’admiration scientifique que l’on a, ne dit rien de sa valeur morale. Par conséquent, il convient de poursuivre et d’approcher séparément la valeur scientifico-technique et sa signification morale.

    Croire au progrès : une idée en berne pendant plusieurs siècles

    Pendant une grande période, on observe que le progressisme n’existe pas (ce qui ne veux pas dire que le progrès n’existe pas). Les Romains par exemple concentrent tous leurs efforts sont vers la reproduction du modèle grec.
    A l’époque du Moyen-âge, ce que l’Eglise peut dire ne peut pas être contredit.
    La Renaissance italienne, elle-même, période de progrès extraordinaire, ne le pense pas comme tel. Elle cherche à retrouver la recette de « cet extraordinaire » épanouissement de la vie culturelle de l’antiquité greco-romaine.

    La notion de progrès est donc très récente. Axel Kahn la résume à travers trois noms :

    - le philosophe anglais Francis Bacon qui dit pour la première fois : « Le savoir est pouvoir ». L’un des objectifs principaux du savoir c’est d’augmenter le pouvoir que l’homme a sur la nature.
    - Descartes dix ans après, dit que « le savoir pour l’homme lui permet d’être maître et possesseur de la nature »
    - Blaise Pascal enfin affirme que « toute la suite des hommes depuis le cours de tant de siècles est comme un seul homme qui apprend toujours et qui vit continuellement ».

    La conjonction entre ces trois citations nous indique que l’humanité sera de plus en plus savante et par conséquent de plus en plus à même de se penser et d’agir en tant que maître et possesseur de la nature.

    Mais ce progrès occidental qui va avoir des conséquences énormes sur le plan géopolitique, n’est pas encore la naissance du progressisme...

    Source Canal Académie : Axel Kahn : Croire au progrès, une pensée en crise - ENPC - ParisTech - 2010

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