Affichage des articles dont le libellé est Evolution génétique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Evolution génétique. Afficher tous les articles

lundi 6 décembre 2010

La notion d'évolution - Darwin et "L'origine des espèces" - Transformisme et cladistique - Hervé LE GUYADER - Conférence 93mn - UTLS - 2002



429e conférence de l'Université de tous les savoirs - Durée : 93mn - Date : 07/07/2002
Disciplines : Evolution, Sciences du vivant - Sciences de la vie - Biologie

« Rien n'a de sens en biologie si ce n'est à la lumière de l'évolution ». Cet adage célèbre de Th Dobzhansky prend encore plus de valeur quand on se rend compte à quel point la notion d'évolution a été difficile à faire émerger. En effet, au 18ème siècle, de nombreuses idées fausses, comme le créationnisme, l'échelle des êtres, les métamorphoses, la génération spontanée, empêchaient la constitution d'une biologie cohérente. Pas à pas, principalement par la réfutation de ces dernières, un environnement propice à l'apparition du transformisme s'est constitué. Avec Charles Darwin, au milieu du 19ème siècle, un cadre théorique cohérent se met en place à partir des deux concepts-clés que sont la descendance avec modification et la sélection naturelle. Mais il faudra attendre presque un demi-siècle pour que la génétique puisse asseoir une théorie que l'on baptisera du terme de « théorie synthétique » à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale. Ce cadre conceptuel va connaître diverses révolutions qui vont susciter de vastes discussions, parfois houleuses. Avec la cladistique, la classification se trouve bouleversée ; le gradualisme est remis en cause par le concept d'équilibre ponctué et le renouveau du catastrophisme en paléontologie ; l'accès au génome permet de mieux comprendre ce qu'est la nouveauté génétique, en particulier au niveau des gènes de développement ; on se rend compte que la sélection ne joue pas sur tous les caractères. C'est donc une notion de l'évolution, complexe mais cohérente, qui émerge à la fin du 20ème siècle. Les implications philosophiques sont importantes. Mais peut-être que l'une des idées les plus fortes consiste à comprendre que l'originalité géologique de la planète Terre est continuellement sous la dépendance du vivant. Hervé Le Guyader, Professeur à l'Université P. & M. Curie

Minutage et Plan de la conférence "La notion d'évolution" par Hervé Le Guyader :
- 02:10 - Présentation
- 02:20 - Introduction
- 11:02 - Le transformisme
- 14:15 - Les nouveaux concepts du transformisme
- 10:31 - Darwin et "L'origine des espèces"
- 12:49 - La théorie synthétique de l'évolution
- 09:34 - La cladistique
- 05:20 - Conclusion
- 10:36 - Questions, partie 1
- 14:41 - Questions, partie 2

Texte de la 429e conférence de l'Université de tous les savoirs, donnée le 7 juillet 2002 :

Pour présenter la notion d'évolution, j'ai choisi d'adopter une démarche historique, en singularisant différents points autour de périodes clés.
Premièrement, je présenterai quelques éléments importants des XVIIe et XVIIIe siècles qui permettent d'arriver à la conception d'un individu clé, Lamarck, date clé : 1829, publication de sa Philosophie zoologique. Le deuxième individu important est Darwin, date clé : 1859, publication de l' Origine des espèces. La troisième date clé se situe aux alentours de 1940, quand la Théorie synthétique de l'évolution est développée. Enfin, j'exposerai quelques éléments de l'après guerre, qui, à mon sens, montrent comment tout ce qui gravite autour des théories de l'évolution se met en place.

En introduction, j'attire votre attention sur cette citation d'Ernst Mayr qui compare les biologistes et les physiciens : « Au lieu de créer et de donner des lois comme le font les physiciens, les biologistes interprètent leurs données dans un cadre conceptuel »

Ce cadre conceptuel, c'est la notion d'évolution, qui se construit pas à pas, à force de discussions, controverses, voire même d'altercations, de progrès conceptuels ou expérimentaux.

Actuellement, ce cadre conceptuel devient extrêmement compliqué. Néanmoins, il s'en dégage quelques idées directrices.

I. L'apparition du transformisme

Je vous présente tout d'abord comment l'idée, non pas d'évolution, mais de transformisme, est apparue.

En premier lieu, je tiens à insister sur un point. En histoire, on montre souvent l'apparition de concepts « nouveaux » - sous entendu : avant, il n'existait rien. De plus, on attache souvent l'apparition d'un concept à un individu clé, considéré comme un génie. En réalité, ce génie, cet individu clé, ne représente la plupart du temps que le courant de l'époque, et ne fait « que » cristalliser une idée, qui existe néanmoins chez ses contemporains.

Pour que l'idée du transformisme apparaisse, deux mouvements se sont produits en même temps. La première avancée concerne la réfutation d'idées erronées. Ces idées, tant qu'elles n'étaient pas réfutées, empêchaient l'émergence de la notion de transformisme. Concomitamment, de nouveaux concepts apparaissent.

A. Les obstacles au transformisme

1. La métamorphose

Parmi les concepts erronés, celui de métamorphose est l'un des plus importants. Une planche extraite d'un livre d'Ulisse Aldrovandi (1522 - 1605) (fig.1), édité en 1606, illustre cette idée. Elle représente des crustacés, qui appartiennent à la classe des cirripèdes : des anatifes, crustacés fixés par un pédoncule, et dont le corps est contenu dans une sorte de coquille formée de plaques calcaires.

Cette planche montre comment on concevait le devenir de ces coquillages : selon Aldrovandi, les anatifes peuvent se transformer en canards ! Les cirres devenaient les plumes, le pédoncule, le cou, et la tête du canard correspond à l'endroit de fixation. J'aurais pu vous citer bien d'autres exemples de la sorte... D'ailleurs, ceux qui ont fait du latin reconnaîtront peut-être dans le terme actuel pour désigner une de ces espèces, Lepas anatifera, le terme anatifera qui signifie « qui porte des canards ».

Ainsi, dans les esprits d'alors, les animaux pouvaient se transformer les uns en les autres, un crustacé en canard, parmi une foultitude d'exemples. On concevait également des passages du monde végétal au monde animal... Tout était imaginable !

Dans ces conditions, il était impossible que l'idée d'un processus historique puisse apparaître. Ces exemples de métamorphose sont rencontrés jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Puis chacun des exemples de métamorphose est tour à tour réfuté. La notion-même devient progressivement la notion biologique actuelle - la métamorphose par mues des insectes et le passage têtard-adulte des batraciens.

2. La génération spontanée

La deuxième idée, la notion de génération spontanée, n'est pas caractéristique des XVIIe et XVIIIe siècles. Il faudra attendre Louis Pasteur (1822 - 1895) pour qu'elle soit complètement anéantie. En termes actuels, la notion de génération spontanée consiste en ce que de la « matière inanimée » puisse s'animer et produire des êtres vivants. L'abbé Lazzaro Spallanzani (1729-1799) est un homme clé parmi ceux qui ont démontré que la génération spontanée n'existe pas, du moins au niveau des organismes de grandes tailles : souris, insectes... etc. Cependant, il faudra attendre la controverse de 1862 entre Pasteur et Pouchet pour que cette notion disparaisse également au niveau des microorganismes. Retenons qu'au XVIIIe siècle cette notion ne persistera qu'à l'égard des « animalcules », les petits organismes.

3. L'Echelle des Êtres

La notion d'Echelle des Êtres existe déjà chez Aristote. Cette notion traverse tout le Moyen- Age, puis est remise en valeur par Gottfried Leibniz (1646-1716) et reprise par le biologiste Charles Bonnet (1720-1793).

La planche (fig 2) figure cette conception du monde : au bas de l'échelle, se situent les quatre éléments : feu, air, terre, eau. Des terres, on monte vers les cristaux et les métaux. Ensuite, on progresse vers le corail, les polypes, les champignons, jusqu'aux végétaux, insectes et coquillages. Certaines hiérarchies peuvent paraître étranges : les serpents d'abord, les poissons ensuite. Plus haut encore, les poissons, dominés par les poissons volants, qui conduisent aux oiseaux (!) ; puis des oiseaux, on parvient aux quadrupèdes et, qui se situe au sommet de l'échelle ? Bien naturellement : l'homme.

Texte de la conférence : La notion d'évolution - Hervé LE GUYADER - Document format pdf

Intervenant : LE GUYADER Hervé
Statut : Doctorat d'État - Professeur à l'Université Pierre et Marie Curie, Paris-6

Parcours :
1982 - 1986 - Chercheur au Centre d'Etudes Nucléaires de Saclay
1986 - 1991 - Chargé de Recherche au CNRS.
1991 - 2000 - Professeur à l'Université Paris 11
1993 - 1994 - Président du de Biologie et Physiologie animales de l'Université Paris 11
1995 - Responsable du DEA Biodiversité : Génétique, Histoire, Mécanismes de l'Évolution
1995 - 1996 Président de la Commission Scientifique et Technique (CST) de l'Action Concertée Coordonnée Sciences de la Vie n°7 (ACC-SV7) "Systématique et Biodiversité"
1995 - 1996 - Membre du Conseil Scientifique du Réseau National de Systématique (1995 - 1996)
2000 - Professeur à l'Université Paris 6.
2000 - Membre du Comité d'Ethique et de Précaution (COMEPRA) de l'INRA

Particularités :
Membre fondateur de la Société Française de Systématique et de la Société d'Histoire et d'Epistémologie des Sciences de la Vie
Hervé Le Guyader a participé à la rénovation de La Galerie de zoologie du Muséum National d'Histoire Naturelle, réouverte sous le nom de Grande Galerie de l'Évolution.
Hervé Le Guyader a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées nationales et internationales. Il publie également régulièrement des articles dans des mensuels comme Pour La Science.
Il est l'auteur de plusieurs livres...

Source Video, Biographie, Présentation - Canal-U - 2002 : Conférence "La notion d'évolution" par Hervé Le Guyader

OnlyZenTV : Humanitarian News, Ecology, Solidarity, and Personal Development ...
Together We Can Change The World - Youtube OnlyZenTV - Twitter OnlyZenTV - Blogspot OnlyZenTV
L'Actualité de l'Engagement Humanitaire, de l'Ecologie, de la Solidarité et du Développement Personnel ...

vendredi 29 octobre 2010

Etre et ne pas être un animal - Les gènes "architectes", la plasticité du système nerveux - Alain PROCHIANTZ - 73mn - Canal-U - 2002




Conférence "Etre et ne pas être un animal" par Alain PROCHIANTZ - Canal-U TV - 2002
Producteur : Université de Tous Les Savoirs - Durée : 73mn - Date : 21/07/2002
Disciplines : Evolution, Sociologie et philosophie de la science, Sciences du vivant

Il n'y a que des individus dans la nature. Mais qu'est-ce qu'un individu ? Le sens de ce terme est-il le même pour tous : bactéries, plantes, oiseaux, souris, êtres humains ? La réponse, selon le conférencier, réside dans l'étude du développement, dans les gènes architectes qui tracent le plan du corps et nous éclairent sur l'évolution des espèces. Elle se trouve aussi dans l'histoire, toujours singulière, de tout individu. Mettant en perspective les données les plus récentes de sa discipline, il suggère que, par la grâce de quelques mutations et l'aventure évolutive de son cortex, l'Homme est comme sorti de la nature et il propose une distinction radicale entre nous et les autres espèces.

Découpage et Plan de la conférence "Etre et ne pas être un animal" par Alain PROCHIANTZ :

- 01:32 - Présentation
- 07:36 - Introduction
- 12:25 - Les gènes "architectes"
- 15:05 - Comparaison vertébrés-arthropodes
- 10:00 - La plasticité du système nerveux
- 04:45 - Les contraintes de temps
- 01:51 - Conclusion
- 10:53 - Questions, partie 1
- 08:57 - Question, partie 2

 Alain PROCHIANTZ : Chercheur en neurobiologie et professeur au Collège de France

Intervenant : Alain PROCHIANTZ - Directeur de recherche CNRS, Directeur de l'UMR 8542 du CNRS, à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, Doctorat d'Etat en Biochimie. Spécialités : Neurobiologie du développement.

Texte de la 442e conférence de l’Université de tous les savoirs donnée le 21 juillet 2002
Être ou ne pas être un animal - Par Alain Prochiantz

Le propos de cette conférence sera d’expliquer comment le système nerveux se construit, comment il a pu évoluer et comment cette évolution a rencontré un point de rupture qui fait que tout en étant, nous autres êtres humains, des animaux, nous avons pour ainsi dire échappé à l’ordre de la nature.

Pour passer de l’oeuf, une cellule, à l’individu constitué de plusieurs milliards de cellules, une grande quantité d’événements est nécessaire : prolifération, migration, mort, différenciation, regroupement en tissus et organogenèse. Les tissus se forment à partir de trois feuillets embryonnaires mis en place au cours de la gastrulation, étape du développement qui suit la formation de la blastula, boule creuse générée à partir de la prolifération des premières cellules embryonnaires. Schématiquement, le mésoderme donne les muscles et les os ; l’ectoderme, le système nerveux et la peau ; l’endoderme, le tube digestif, les poumons et les glandes annexes du tube digestif comme le foie, le pancréas, la thyroïde. Le système nerveux se développe à partir de la partie dorsale de la blastula. Au cours de la gastrulation, cet ectoderme dorsal est induit à devenir de l’ectoderme neural, c’est à-dire à former du système nerveux. L’embryon perd sa sphéricité et commence à s’allonger selon l’axe antéropostérieur. Une plaque neurale s’individualise progressivement dont les bords vont former les bourrelets neuraux. Ces bords se rapprochent alors progressivement pour venir se souder dorsalement au-dessus de la ligne médiane de l’embryon et former le tube neural.

Notre histoire commence ainsi avec une invention majeure de l’évolution : le tube, ou plutôt la plaque neurale. La plaque neurale est en effet spécifique des vertébrés. Les arthropodes, dont nous nous sommes séparés il y a six cents millions d’années, ont des ganglions et non un tube neural. L'invention de la plaque présente un avantage considérable pour ce qui est de l'accroissement des fonctions neurales supérieures. Contrairement à une boule, un ganglion est une boule, la surface d'une feuille est peu limitée par les contraintes d'espace. La feuille peut en effet être plissées et casée dans la cavité de la boîte crânienne, qui est également, pour une part importante et grâce à l'invention parallèle de la crête neurale, un dérivé de l’ectoderme. L’extension de la surface du système nerveux n’est plus limitée par la contrainte mécanique et le cortex d'Homo sapiens possède 2 m2 de surface et 4 mm d’épaisseur.

Dans le développement du système nerveux, comme dans le développement en général, l’information positionnelle joue un rôle important. La plaque des vertébrés peut être vue comme une feuille sur laquelle on peut tracer un quadrillage. Une fois qu’elle est refermée en tube, la plaque reste quadrillée. Le quadrillage du plan permet de placer des coordonnées. Le système nerveux est très hétérogène et les fonctions qui sont engagées par les parties les plus frontales (comme le cortex frontal) ne sont évidemment pas les mêmes que celles engagées par les régions les plus caudales (comme la moelle épinière). Le sort de chaque zone, c’est à dire l’engagement dans des voies de différenciation distinctes le long des axes antéropostérieur et dorso-ventral est lié à la position des cellules dans ce système de coordonnées.
Par exemple, les racines motrices qui vont innerver les muscles sont dans les régions ventrales chez les vertébrés alors que les fibres sensorielles sont dans les régions dorsales. La différenciation du système nerveux suit donc un quadrillage antéro-postérieur et dorso-ventral qui est dérivé du quadrillage de la plaque neurale...
La suite du texte de la conférence - Format Pdf : Etre et ne pas être un animal - Alain PROCHIANTZ - 2002

Source Canal-U TV - UTLS : Etre et ne pas être un animal - Alain PROCHIANTZ - Canal-U TV - 2002

OnlyZenTV : Education - Innovation - Création - We are sure ! Together we can Change the World ...
Conférences, Documentaires, Débats, Tables rondes, Colloques, Interviews, Informations, Reportages, Cours ...
Développement Durable, Ethique, Environnement, Innovation, Philosophie, Psychologie, Sociologie, Histoire, Sciences, Arts et Création ... Youtube OnlyZenTV - Twitter OnlyZenTV - Blogspot OnlyZenTV

Les universaux de la pensée - Evolution génétique, universalité, la conscience, la pensée, le langage - Jean-Pierre CHANGEUX - 102mn - UTLS - 2002



Les universaux de la pensée - Jean-Pierre CHANGEUX - 102mn - UTLS - 2002
Disciplines : Philosophie, Neurosciences, Sciences du vivant - Durée : 102mn - Date : 24/07/2002
Producteur : UTLS - Université de Tous Les Savoirs

Jean-Pierre CHANGEUX : Anciennement élève de l'ENS, agrégé de Sciences naturelles, et Docteur ès-Sciences.
Il est professeur au Collège de France (chaire des communications cellulaires), à l'Institut Pasteur, et à la direction du Laboratoire de Neurobiologie moléculaire.

La pensée est liée au cerveau, une entité matérielle qui possède une organisation complexe. Les universaux de pensée se développent à partir de cette organisation. Elle se construit au court de l'évolution, ou plutôt d'une synthèse d'évolutions multiples. Elle résulte de l'évolution des espèces, de l'évolution au court du développement embryonnaire, de la formation des connexions entres cellules nerveuses avant et après la naissance. Des évolutions multiples, emboîtées qui correspondent aux niveaux d'organisation de la matière, de la molécule à la cellule nerveuse, de la cellule nerveuse au circuit, du circuit aux assemblées de neurones.

Au court de l'enfance, il y a des changements de la connectivité en fonction de la culture, de l'environnement. Durant ces évolutions emboîtées, des universaux vont être sélectionnés, ils vont dans un premier cas assurer la survie de l'individu, mais aussi des groupes sociaux. Des universaux qui se retrouvent au niveau du génome, de l'anatomie et de l'organisation du cerveau, ses dispositions fonctionnelles, physiologique et psychologique. Il y a une universalité du génome humain mais aussi une variabilité génétique et épigénétique qui permet l'évolution tout en préservant l'intercompréhension entre les individus.

Minutage et Plan de la conférence "Les universaux de la pensée" :
- 01:21 - Présentation
- 09:35 - Introduction
- 19:02 - Universalité génétique et anatomique du cerveau humain
- 09:06 - Le théorème de la variabilité
- 09:18 - Les neurones de récompense
- 09:25 - La conscience, un universel humain
- 12:58 - Théorie du langage
- 04:33 - Conclusion
- 14:57 - Questions, partie 1
- 11:42 - Questions, partie 2

Résumé de la 443e conférence de l'Université de tous les savoirs donnée le 24 juillet 2002
Jean-Pierre Changeux : "Les universaux de la pensée"

Les "universaux" sont ces termes qui s'étendent à l'univers tout entier, à l'ensemble des êtres ou des idées et qui se distinguent des particuliers. Le philosophe médiéval Albert le Grand distinguait trois manières de considérer les universaux : ante rem en tant que cause universelle, possédant d'avance la totalité de ses effets causés, in re en tant que nature commune reçue dans les particuliers et post rem en tant qu'intention formelle et concept simple de l'esprit séparés du particulier par abstraction.

Aujourd'hui, si l'on reprend les définitions d'Albert le Grand, on peut dire que, ante rem, les universaux vont concerner la réalité physique du monde extérieur, la matière et ses régularités ; in re, les objets, les êtres issus de l'évolution de l'univers, de l'évolution des espèces, en particulier, le cerveau de l'homme qui présente une organisation, ou conformatio, commune aux membres de l'espèce homo sapiens ; et post rem, les représentations communes, ou concepts, qui se forment dans le cerveau de l'homme et s'organisent en pensée.

Cette conférence avance l'idée que le cerveau de l'homme est matériel et que les universaux de pensée se développent à partir de l'organisation de notre cerveau, laquelle se construit au cours de l'évolution.

Celle-ci est la synthèse d'évolutions multiples : celle des espèces au niveau des génomes, celle du cerveau au cours du développement embryonnaire, celle enfin des connexions entre cellules nerveuses après la naissance, puisque le bébé humain naît avec un contingent de connexions qui est la moitié de celui de l'adulte. On a affaire à des évolutions multiples, emboîtées, qui correspondent à ces niveaux d'organisation de la matière, de la molécule à la cellule nerveuse, de la cellule nerveuse aux circuits, des circuits aux assemblées de neurones et aux assemblées d'assemblées de cellules nerveuses.

Au cours de ces évolutions emboîtées, des universaux sont sélectionnés, qui, d'un point de vue darwinien, assurent la survie de l'individu, celle des groupes sociaux et, finalement, celle de l'humanité.

Il faut cependant prendre en compte un problème central, celui de la variabilité locale. Car s'il y a une universalité du génome humain, il y a aussi une variabilité de ce génome - une variabilité génétique- . Il y a aussi une variabilité épigénétique et fonctionnelle qui conduit à la dynamique de la pensée. Cette variabilité des universaux permet l'évolution et évite que nous ayons à concevoir l'homme, la nature, l'univers, dans un cadre fixiste.

L'universalité génétique et anatomique du cerveau de l'homme

Notre génome est composé de trente à quarante mille gènes qui déterminent toutes les protéines - et parmi elles celle du cerveau : 60 % de ces gènes sont exprimés dans le cerveau.

Ces gènes déterminent des molécules qui entrent dans la composition des contacts entre cellules nerveuses qui permettent aux neurones de se connecter entre eux et de constituer des réseaux d'une extrême complexité dans lesquels circulent des signaux électriques ou des signaux chimiques. La complexité de ces réseaux évolue du singe à l'homme. On assiste en particulier à un accroissement considérable, chez l'homme, de la partie qui se trouve en avant du cerveau, le cortex préfrontal, partie critique du développement à la fois de la conscience et de la pensée.

Si l'on compare le nombre de gènes dans le génome de l'homme et dans celui de la souris, on trouve un nombre de gènes très voisin. S'il n'y a pratiquement pas de différence en ce qui concerne le nombre, il y a évidemment des différences génétiques, qui sont cependant extrêmement modestes. Si on compare le génome du chimpanzé et celui de l'homme, il y a entre 1 et 2 % de différence, ce qui est extrêmement peu. Comment comprendre ces constances de nombre alors qu'on passe des 40 millions de neurones de la souris aux 10 à 100 milliards de neurones de l'homme ?

La réponse est qu'il n'y a pas beaucoup de gènes de différence, mais que ces gènes portent sur le développement de formes critiques. On arrive ainsi à comprendre comment le cerveau a pu évoluer des ancêtres de l'homme aux anthropoïdes, à l' homo sapiens lui-même, et comment de ce fait un certain nombre de propriétés fonctionnelles associées à l'organisation de ce cerveau apparaissent spontanément, simplement du fait de l'innéité, en quelque sorte, de ce développement embryonnaire. Par exemple la succion du sein, le réflexe palmaire de préhension, la reconnaissance d'un visage humain, la distinction chez le bébé entre être vivant et objet inanimé... et beaucoup d'autres dispositions innées universelles de comportements liés à cette organisation cérébrale.

La variabilité individuelle permet à ces dispositions innées de présenter des formes de plasticité, de mémoire, de mise en place d'empreintes venant du monde extérieur. Au cours du développement du fStus à l'adulte, et notamment chez le nouveau né, à un stade où se constituent près de 50 % des connexions du cerveau de l'homme adulte, les synapses se forment, certaines en nombre supérieur à ce qu'il sera chez l'adulte. L'interaction avec le monde extérieur va contribuer à la sélection de certaines connexions et à l'élimination de certaines autres.

Suite du résumé de la conférence : Documents Format Pdf - "Les universaux de la pensée" - Jean-Pierre Changeux

Epigénèse et variabilité individuelle

Invariance des représentations de la réalité extérieure

Conscience et organisation universelle de la pensée

Communication sociale, diversité culturelle et intercompréhension

Universalisation des connaissances et universalité des savoirs : la connaissance scientifique

De là l'importance de l'éducation, dans les relations parentales ou au niveau de l'école, c'est-à-dire de cette transmission épigénétique de la diversité des cultures, des langues, des écritures, des systèmes de croyance, mais aussi des connaissances partagées, en particulier lorsqu'elles sont tout à fait élémentaires.

Le problème maintenant est de savoir si tous les signifiés qui se trouvent associés aux signifiants sont acceptés universellement comme correspondant à une représentation du monde qui soit une représentation aussi proche du réel que possible. Y a-t-il des représentations du monde acceptées au niveau de l'ensemble de l'humanité ou pas ?

Il existe bien entendu des systèmes de représentation symboliques, entre autres mythiques, très importants dans les sociétés humaines, jouant un rôle crucial pour l'identité et la survie des groupes. Ces représentations, ces mythes correspondent-ils à la réalité du monde ? Leur fonction de renforcement du lien social est importante, mais cela se fait-il à l'avantage ou au détriment de l'objectivité des connaissances ?

C'est là probablement qu'il faut faire intervenir une évolution extraordinaire, qui a pris place en Grèce : le changement de régime politique et juridique rendant possible un débat public et critique acceptant la multiplicité des écoles de pensée, un débat sur les solutions. Par exemple, quel est le meilleur moyen de traiter la maladie ? Invoquera-t-on les dieux ? Fera-t-on un sacrifice ? Prendra-t-on une poudre magique ? Un antibiotique ou un agent antiviral ? A question posée, débat public : qu'est-ce qui marche le mieux ? Qu'est-ce qui fonctionne ? Qu'est-ce qui est le plus adéquat au réel et qu'est-ce qui est le plus universel ?

A partir de ces représentations sociales, peut se dégager une distinction entre les croyances et les objets de science. La représentation scientifique apparaît alors, avec sa remise en cause permanente, son mode d'exposition publique et sa nécessaire et constante capacité de révision. Par Yves Michaud

Le texte de la conférence : Documents pédagogiques - "Les universaux de la pensée" - Jean-Pierre Changeux

Source Canal-U TV - UTLS : "Les universaux de la pensée" - Jean-Pierre Changeux - Canal-U

OnlyZenTV : Humanitarian News, Ecology, Solidarity, and Personal Development ...
Together We Can Change The World - Youtube OnlyZenTV - Twitter OnlyZenTV - Blogspot OnlyZenTV
L'Actualité de l'Engagement Humanitaire, de l'Ecologie, de la Solidarité et du Développement Personnel ...