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mercredi 15 décembre 2010

Vers de nouvelles espèces "artificielles" ? - Débat entre Raphaël ENTHOVEN et Joël DE ROSNAY - 33mn - Universcience 2010


Le débat et vice-versa - Avec Raphaël Enthoven, philosophe, et Joël de Rosnay, biologiste.
Durée : 33 min - Réalisation : Sylvie Allonneau - Production : Universcience 2010

Débat en 3 parties accessibles dans [MENU] puis [>>Chapitres] sous la vidéo :
1 - Une première avec la bactérie, et après ?
2 - A Quoi cela peut-il servir ?
3 - Avec quels risques ?

Source Universcience 2010 - Le débat et vice-versa :
Vers de nouvelles espèces "artificielles" ? - Raphaël ENTHOVEN - Joël DE ROSNAY

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mercredi 17 novembre 2010

L'homme est-il juste une statistique ? - Et si l'Homme disparaissait ? - Yves Michaud - 38 mn - Les enjeux technologiques du futur - Uriage 2010 - Philosophie TV


1ère Session 1ère partie avec : Yves Michaud, Jean-Michel Besnier, et Christian Létoublon, animée par Thierry Ménissier.
Les enjeux technologiques du futur : la disparition de l’humain ? - Durée : 38 mn

Présentation des 1ere Rencontres philosophiques d'Uriage - 17 au 19 septembre 2010
Le thème de cette première édition : Les promesses du futur

La civilisation moderne est technologique, et elle a longtemps été technophile. Elle paraît cependant victime du paradoxe qui consiste à demander dans le même temps à la technologie deux choses contradictoires : améliorer le plus possible nos conditions de vie (quitte à modifier profondément la nature) et respecter notre spécificité humaine. Cette session explore les termes de ce paradoxe, en se demandant si la disparition de l’humain (comme espèce dotée de caractéristiques stables) n’est pas d’ores et déjà engagée. Elle réunit des philosophes spécialistes de la nature et des techniques, notamment les biotechnologies.

Téléchargez le programme de l'évènement : Bienvenue aux premières Rencontres Philosophiques d’Uriage

Introduction de Thierry Ménissier

Conférence d'Yves Michaud - Principales notions abordées :

Les technologies et la Disparition de l'humain
Branchement Homme machine
La métamorphose de l'identité avec les nouvelles technologies
Les capacités de destruction militaire et écologiques
L'instrumentalisation de l'homme
Le contrôle de l'environnement et les régulations
Les politiques de populations
L'humanisme comme régulation de l'adaptation de la société

L'homme dépassé par ses capacités d'instrumentation
Sur humain, Post humanisme et trans humanisme
L'homme dépassé comme corps et esprit - La perte du contrôle du corps
Immortalité et Beauté
Hyper-intelligence et intelligence collective
Notre entrée dans le Post-humain
L'avènement des cyborgs - Hybridation du robot et de l'humain
La perte d'identité
La perte de maitrise et la disparition de la réflexion
Un nihilisme ludique et néo évolutionnisme
L'homme est-il juste une statistique ?

Yves Michaud, né le 11 juillet 1944 à Lyon, est un philosophe français. Il est reçu à l'École normale supérieure en 1964 puis à l'agrégation de philosophie en 1968. Il passe à l'université de Paris-Sorbonne son doctorat en lettres et sciences humaines sur la thèse Empirisme, analyse et philosophie chez David Hume sous la direction de Suzanne Bachelard. Ses domaines de prédilection sont l'esthétique (en particulier l'art contemporain) et la philosophie politique (spécialiste de Hume, Locke), sa spécialité étant la question de la violence sociale. Il est le concepteur et l'organisateur de l'Université de tous les savoirs depuis 1998 ainsi que des forums de la démocratie et du savoir.

Source et suite de la biographie de Yves Michaud : Wikipedia - Yves Michaud - Philosophe

Source Philosophie TV : Les enjeux technologiques du futur : la disparition de l’humain ? - 1ère Session 1ère partie

Voir aussi sur le sujet : Posthumanisme, Transhumanisme, Nanotechnologies - Les enjeux technologiques du futur : La disparition de l’humain ? - Jean-Michel Besnier - Uriage 2010 - 38mn - Philosophies TV - 2010
1ère Session 2ème partie - Durée : 38 mn avec : Jean-Michel Besnier, animée par Thierry Ménissier

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vendredi 12 novembre 2010

Posthumanisme, Transhumanisme, Nanotechnologies - Les enjeux technologiques du futur : La disparition de l’humain ? - Jean-Michel Besnier - Uriage 2010 - 38mn - Philosophies TV - 2010



Les enjeux technologiques du futur : La disparition de l’humain ? - Jean-Michel Besnier - Rencontres d’Uriage 2010
1ère Session 2ème partie - Durée : 38 mn avec : Jean-Michel Besnier, animée par Thierry Ménissier
Philosophies TV - Septembre 2010 - Philosophies TV

Les Rencontres philosophiques d'Uriage du 17 au 19 septembre 2010
Le thème de cette première édition : Les promesses du futur

L’an 2000 a longtemps nourri l’imaginaire du grand public. Que représentait-il ? Sans aucun doute, quoique confusément, le synonyme de l’avènement d’un monde meilleur. « Meilleur », mais dans quelles dimensions, et selon quelles modalités ? Nous voici en 2010 : il est tentant, dix ans après, d’interroger le passé que représentait cet avenir imaginaire…afin de nous réinventer un futur.

A vrai dire, cette tentation prend parfois la forme d’un impératif, notamment lorsque l’on considère la notion de progrès, qui jouait un rôle majeur dans notre attente de l’avenir. C’est à présent sa valeur pour aujourd’hui et demain qu’il faut examiner.

Cette notion de progrès combinait une définition de la marche de la connaissance (plutôt cumulative et linéaire) et une interprétation de sa fonction morale et sociale (la connaissance était perçue comme vectrice d’amélioration sur ces deux plans). Or, dans certains ordres de faits, l’attente des modernes a été plus que comblée : par exemple, pour les populations qui y ont accès, depuis cinquante ans l’amélioration des pratiques de soin médical, de même que l’incroyable explosion des technologies de l’information, satisfont amplement l’attente que l’on mettait dans le futur. Mais dans d’autres, le présent dément l’espoir d’un monde meilleur, ou du moins il semble que la déception soit possible. Point capital, l’innovation technique et scientifique a considérablement distancé – et pour tout dire elle semble à certains égards avoir laissé sur place – le progrès social. Les inégalités à l’intérieur des sociétés de type occidental persistent de manière incontestable, et que dire de celles qui concernent nos sociétés et les autres (qui paraissent s’être amplifiées) ?

Plus que jamais, nous oscillons donc entre enthousiasme (par exemple, scientifique et plus encore technologique) et incertitude (morale, politique, et même spirituelle). Il apparaît nécessaire de faire retour sur le sens qu’on donne aux choses dans tous les registres évoqués ; tel est pour nous le rôle de la réflexion philosophique, sans a priori d’école et ouverte au questionnement du public non spécialisé.

Aussi, ces premières rencontres philosophies d’Uriage nous permettront de questionner la pensée scientifique, la technologie, ainsi que l’économie et la philosophie morale, sociale et politique, en regard de cette attente vis-à-vis d’un avenir imaginaire qui a fini par devenir notre présent.


Sans craindre d’être trop large, la réflexion se déclinera en fonction des quatre axes suivants :

- Quel bilan peut-on faire de notre présent ? Quels sont les faits lourds qui déterminent désormais l’orientation de notre histoire proche et lointaine ? Par exemple, l’émancipation de la sphère économique vis-à-vis de toute autre ordre de valeurs (qu’elles soient religieuses, morales, politiques, philosophiques) semble constituer un fait majeur des cinquante dernières années, à tel point que l’on ne saurait aujourd’hui concevoir le développement de la science et de la technique sans les concevoir en rapport avec le marché. Dans ces conditions, quel présent nous prépare notre futur ? Plus précisément, quels développements technoscientifiques peut-on attendre pour demain ? Et quelles conséquences sur les mœurs et sur les rapports sociaux ?

- A quel moment le progrès scientifique et technique a-t-il rompu ses amarres avec le projet « utopique » d’un monde socialement meilleur ? Pour quelles raisons ? Et comment réaccorder maintenant innovation technoscientifique et progressisme social ? Par exemple, quelle épistémologie générale pourrait permette aux constructions de la raison de ne pas se trouver en porte-à-faux, entre les avancées techniques et scientifiques et une société en proie aux inégalités ? Comment réimaginer un avenir « meilleur » ? Pour le dire enfin avec un mot chargé de sens mais pas galvaudé ni éteint : quelle utopie pour l’après 2000 ?

- Comment concevoir la dimension politique dans un monde « globalisé » ou en voie de l’être sous l’effet de la mondialisation du capitalisme ? Ce processus, s’il n’a pas totalement rendu caduques les formes traditionnelles de l’action collective (telles que la discipline civique dans le cadre de l’Etat-Nation ou l’engagement syndical dans les lieux de travail conçu sur le mode industriel) les a amoindries, et il est en train de les contraindre à se modifier profondément. Or, la dimension politique a permis de faire espérer aux hommes modernes qu’ils pouvaient agir sur leur destin historique : la postmodernité verra-t-elle le retour d’une forme de fatalisme historique, un fatalisme d’ailleurs plutôt économique que théologique, puisque la volatilité des marchés semble avoir pris la place de l’humeur des dieux ?

- Comment poser la question de la spiritualité dans le monde contemporain ? Tandis que de nouvelles formes de religiosité sont apparues avec les modes de consommation typiques du capitalisme post-industriel, régulièrement resurgissent des modes de penser et de pratiquer le religieux traditionnels, sinon traditionnalistes. Y a-t-il dans le paysage actuel des raisons de penser que la spiritualité évolue réellement avec l’histoire ? Et dans quel sens se produit cette évolution ? Que nous dit sur ce point la comparaison avec le passé, et singulièrement avec les situations connues par le monde antique ?

Source Le Blog de la Société Alpine de Philosophie : Le Blog de la Société Alpine de Philosophie

Jean-Michel Besnier : Professeur de philosophie morale et politique à l’Université de Paris – IV Sorbonne, notamment auteur de : L'irrationnel nous menace-t-il ?, Nantes, éditions Pleins Feux, 2006 ; La croisée des sciences, Questions d'un philosophe, Paris, Le Seuil, 2006 ; Demain, les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ?, Paris, Hachette, 2009.

Source Vidéo Philosophies.TV : Les enjeux technologiques du futur : La disparition de l’humain ? - Jean-Michel Besnier

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jeudi 11 novembre 2010

Le Post Humanisme veut-il en finir avec le Corps ? - Jean-Michel BESNIER - 133mn - Conférence Iségoria - Audencia - 2009




Conférence "Le Post-humanisme veut-il en finir avec le Corps ?" par Jean-Michel Besnier 
Organisée par l'association Iségoria - Audencia - Ecole de Management à Nantes 
Durée du programme : 133 mn - Production : Audencia - 2009

Quelques questions que l’on peut se poser en examinant ce thème :
Au premier abord, le thème semble opposer post-humanisme et humanisme traditionnel. Ce thème est lié à l’apparent dressage auquel nous faisons face sans cesse dans notre société, à l’amélioration perpétuelle du corps et des performances de ce dernier.

On peut également se demander quelle définition on peut au jour d’aujourd’hui donner au corps ? Est-il exploitable ? véritablement matériel ou juste spirituel ? est-il une synthèse des deux approches ?

Comme on l’a longtemps entendu, le corps est-il toujours le lieu de la singularité de la société ? le moyen par lequel chaque homme s’exprime en tant qu’être unique ?

Jean-Michel Besnier - "Demain les posthumains" - "Les théories de la connaissance"

"Demain les Posthumains - Le futur a-t-il encore besoin de nous ?" :
Clones, robots, cyborgs, organes artificiels... : la science-fiction d'hier devient notre réalité et l'on se demande déjà comment préserver une définition de l'humain.
Chez ceux que les machines fascinent, Jean-Michel Besnier perçoit une forme de lassitude - voire de honte - d'être seulement hommes. Aux autres qui, au nom d'idéaux humanistes, refusent les progrès techniques, il reproche en revanche leur inconséquence : n'ont-ils pas cru que la liberté humaine consistait à s'arracher à la nature - ce que la technique permet d'obtenir effectivement ? Les métaphysiciens de toujours souhaitent que l'Esprit triomphe de la Nature. Les visionnaires d'aujourd'hui, proclamant l'avènement du posthumain, annoncent la réalisation concrète de cette ambition. Grâce à son ingéniosité, l'homme n'aura bientôt plus le souci de naître : il s'autoproduira. Il ne connaîtra plus la maladie : des nanorobots le répareront en permanence. Il ne mourra plus, sauf à effacer volontairement le contenu téléchargé de sa conscience.
Mais comment vivrons-nous dans ce monde-là ? Quelle éthique nous mettra en harmonie avec une humanité élargie, capable d'inclure autant les animaux que les robots ou les cyborgs ? Quels droits, par exemple, devrons-nous accorder à ces robots chargés, là où les hommes sont défaillants, de rendre nos fins de vie plus humaines ? Les utopies posthumaines nous obligent à affronter ces questions, à évaluer nos dispositions à engager le dialogue avec cet autre, hier animal ou barbare, aujourd'hui machine ou çyborg. N'est-ce pas là justement, aujourd'hui comme hier, que se joue la grandeur de l'humain ?

L'intervention de Jean-Michel Besnier :
    Tout d’abord, il est nécessaire de clarifier sa définition du terme «post-humanisme ». Pour lui, il englobe l’ensemble des réflexions suscitées par les perspectives de plus en plus nombreuses que nous offrent la... techno science (robotique, nanotechnologie, technologies de l’information et de la communication, biotechnologie). En effet, on s’interroge de manière croissante sur l’Homme que nous sommes en train de fabriquer par le biais des techniques développées par ces différentes sciences tels que le clonage ou l’ectogénése ; cette homme dont on prétend pouvoir améliorer les compétences indéfiniment et que l’on cherche à rendre immortel.

    Cette réflexion trouve sa source avec une conférence donnée par le philosophe allemand Sloterdjik en 1999 dans laquelle il pose cette question centrale : comment les hommes vont-ils s’organiser dans un monde ayant atteint la maîtrise du vivant ? Quelle attitude devra-t-on adopter envers les clones lorsqu’ils feront véritablement partie de notre vie quotidienne ? Loin d’être cynique, Sloterdjik ne fait que s’interroger sur les valeurs de notre société lorsque celle-ci aura été complètement bouleversée par les biosciences, lorsque l’on fera face à une « humanité élargie ».

    Il est nécessaire également de faire la distinction entre « post-humanisme » et « trans-humanisme ». En effet, le trans-humanisme regroupe l’ensemble des spéculations générées par les technologies susceptibles d’éviter à l’Homme la naissance, la souffrance et la mort. Ce courant est, au fond nous dit M. Besnier, soucieux de développer des techniques qui vont nous débarrasser de l’humanité et de la singularité humaine (ici ce qui menace de rompre avec la régularité) en nous permettant, par exemple, de faire des enfants sur-mesure en sélectionnant leurs gènes etc.

    Il n’est donc pas si facile de faire la distinction entre trans- et post-humanisme, puisque dans les deux cas il y a l’idée d’une transformation du corps, mais le trans-humanisme correspond davantage à du cynisme, quand le post-humanisme se pose de véritables questions axiologiques.

    De plus, M. Besnier revient sur la figure du cyborg. Elle correspond à un mixte entre le vivant et la machine. Ainsi, certains rescapés de graves accidents ont des jambes articulées ou une personne avec un pacemaker. Le cyborg se définit notamment par le fait qu’il est un être hybride avec un organisme naturel mais des outils issus de la cybernétique. Ce cyborg fait de plus en plus peur car on aspire à atteindre l’intelligence artificielle, une intelligence non anthropomorphe qui supplanterait l’humanité dès 2030 d’après certains.

    M. Besnier précise ensuite son propos concernant le thème de la conférence. Pourquoi donc se demander si l’on veut en finir avec le corps ? Tout simplement parce que, depuis quelques années maintenant, le corps semble bel et bien être devenu le corps à abattre par les sciences citées précédemment. On peut dès lors se questionner sur cette impatience pour la fin du corps en tant que tel !

    L’idée n’est pas nécessairement nouvelle. En effet, dans la tradition platonicienne, le corps constituait déjà l’indice d’une insupportable finitude, d’un obstacle au désir d’élévation de l’âme. Ainsi, toutes les philosophies issues de la tradition platonicienne invitaient à en finir avec ce corps, pour en assurer une véritable spiritualisation, destination même de l’Homme.

    On peut de même citer le dualisme cartésien qui rapporte le corps à l’aspect animal de chaque être humain, incitant à le délaisser au profit d’une chose plus essentielle : la conscience. Même le matérialisme du 18ème siècle, pourtant en contradiction apparente avec Descartes, restait convaincu que le corps constituait la partie de l’Homme hypothéquant les perspectives d’émancipation de ce dernier.

    Aujourd’hui encore, l’obsession pour le corps parfait avec tous les phénomènes de mode qui lui sont liés tel que le culturisme semble être également une manière de vouloir l’effacer puisqu’elle tente d’en supprimer la résistance mais aussi la singularité. L’augmentation de l’hygiénisme et de la crémation est un autre indice de ce phénomène, éliminant directement le charnel. Avec les nouvelles technologies, on a la preuve irréfutable de cette volonté de suppression. Les techno prophètes sont notamment obnubilés par le fantasme de l’homme remodelé, préfabriqué.

    En fait, si nous acceptions réellement notre corps, nous devrions en revendiquer l’hyper individualisation, l’unicité. Mais là encore des scientifiques nous amènent sur la voie opposée. On peut prendre l’exemple de Richard Dawkins qui, dans son ouvrage « Le gène égoïste », soutient que nos organismes ne sont que de simples réservoirs à gènes indifférents d’être dans tel ou tel corps pourvu qu’on véhicule le bon gène.

    Il est intéressant de revenir à l’approche du corps dans la tradition phénoménologique pour comprendre que le corps peut, à juste titre, être considéré comme indispensable. Husserl s’interrogeait sur le vécu à travers le corps et définissait l’Homme comme le produit d’expériences singulières qui étaient justement permises grâce au corps humain. Il est pourtant facile d’oublier cette idée et on peut alors rapidement être tenté de se dire que le corps n’est rien.

    Mais pourquoi en arriver à cette conclusion ? Cette attitude de négation du corps qui peut finalement être comparée à une attitude de négation de soi semble relever du pathos. Au fond de ces utopies, ou plutôt dystopies, y a-t-il sans doute une certaine forme de lassitude, de fatigue, de désaffection d’être soi. Ainsi, l’idée que l’Homme est en train de vivre ses derniers jours n’est pas si mauvaise, elle est même bonne. Avec la propension grandissante de la dépression qui est souvent définie comme la fatigue d’être soi, il paraît indubitable que l’humanité aspire à
    en finir avec le corps et avec l’être humain. Longtemps, la névrose a prévalu : nous nous sentions coupables. Aujourd’hui, nous assistons plutôt à une tragédie de l’insuffisance : on en veut toujours plus, on n’est jamais satisfait, l’homme est un hyper consommateur. Dans les deux cas de toute façon, le corps n’a rien gagné, il reste comme disait l’autre le tombeau de l’âme. L’homme se retrouve face à sa dure réalité et il en a honte : honte d’être devenu plutôt que d’être fabriqué, de voir son existence incalculée. Et le pire, c’est que la dépression semble nous entraîner dans une spirale infernale : nous amenant à nier notre corps et à tourner le dos au conflit à la fois. D’où cette absence de combativité au post-humanisme. L’homme déprimé préfère se laisser aller aux machines.

    Il paraît peut être aisé de réhabiliter la place du corps, mais la chose n’est pas facile surtout face aux bio technologies qui paraissent toutes puissantes. Le développement de la science apparaissait comme quelque chose d’enviable et de positif tant que celui-ci se faisait dans des notions de respect de l’être humain. On fait le procès des multinationales exploitant les populations pauvres du fait de la mondialisation, ne pourrait-on pas, de la même façon, remettre en cause les sciences modernes ? Quoi de plus ennuyeux qu’un monde où d’aucun n’aurait sa véritable singularité.

    Source Audencia TV : Le post-humanisme veut-il en finir avec le corps ? - Jean-Michel Besnier

     Jean-Michel BESNIER : Professeur de philosophie et chercheur français

    Biographie :
    Né en 1950, Jean-Michel Besnier est agrégé de philosophie et docteur en sciences politiques. Il est professeur de philosophie à l'université de Paris IV – Sorbonne (chaire de Philosophie des technologies d'information et de communication) et dirige le DESS " Conseil éditorial et gestion des connaissances numérisées " dans cette même université . Depuis 1989, il appartient au Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA), laboratoire du CNRS et de l'Ecole Polytechnique axé sur les sciences cognitives. Il est actuellement membre du Comité scientifique de la Cité des Sciences et de l'Industrie de La Villette, du Comité d'experts scientifiques de l'ANVIE (Association nationale pour la valorisation interdisciplinaire de la recherche en sciences de l'homme et de la société auprès des entreprises), du COMEPRA (Comité d'éthique et de précaution de l'INRA), et du CSRT (Conseil supérieur de la recherche et de la technologie). Il est par ailleurs rédacteur-en-chef adjoint de la Revue Hermès (dirigée par Dominique Wolton) et chroniqueur au magazine Sciences et Avenir Hors-Série.

    Jean-Michel Besnier a été membre de la Commission " Sciences et sociétés " de l'UNESCO, de la commission " Littérature scientifique et technique " du Centre national du livre, membre du Conseil scientifique de la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette (quand ? ), ila, de 1990 à 1997, créé et dirigé un cursus intitulé " Humanisme et Modernité " à l'Ecole Centrale de Paris de 1997 à 2000,dirigé le département de sciences humaines de l'Université de technologie de Compiègne.

    Il a créé et dirigé la collection " Sciences Cognitives " aux éditions La Découverte en 1990, puis la collection " Optiques Philosophie " aux éditions Hatier en 1995. Par ailleurs, il a appartenu au comité de rédaction de la revue Esprit de 1989 à 1996 et il a collaboré à L'Express pendant plusieurs années. De 1996 à 2000, il a de manière permanente collaboré aux émissions Le Banquet puis Philambule, diffusées sur France-Culture. Il a publié plus de 130 articles dans diverses revues, ainsi que de nombreux ouvrages.

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